Starship de SpaceX : où en est le plus grand vaisseau jamais construit ?

Légende : Le Starship décolle de Starbase, au Texas, avec ses 33 moteurs Raptor allumés. Crédit : SpaceX
Avec ses 120 mètres de haut et ses 33 moteurs Raptor allumés au décollage, le Starship reste, huit ans après le début de son développement, le lanceur le plus puissant jamais construit par l'humanité. Après treize vols d'essai, un amerrissage qualifié de « plus doux jamais réalisé », et une entrée en Bourse historique de SpaceX, la mégafusée texane s'approche enfin d'un objectif longtemps repoussé : devenir un véhicule orbital et réutilisable. Faisons le point sur une aventure qui, littéralement, avance à vue d'œil.
Un géant toujours en rodage

Légende : Un vaisseau Starship soumis à une série de tests au sol à Starbase avant son prochain vol d'essai. Crédit : SpaceX
Le Starship se compose de deux étages : le booster Super Heavy, haut de 70 mètres et propulsé par 33 moteurs Raptor, et le vaisseau Starship proprement dit, capable à terme d'emporter équipage ou fret vers l'orbite, la Lune et, un jour, Mars. Contrairement aux lanceurs classiques, l'ensemble est pensé pour être intégralement réutilisable : c'est cette promesse, plus que la taille du véhicule, qui explique l'ampleur des investissements et la patience qu'exige son développement.
Depuis le premier vol d'essai en 2023, le programme a connu son lot d'explosions spectaculaires, mais aussi des progrès réguliers. Fin juillet 2026, SpaceX a réalisé son treizième vol d'essai, le deuxième de la nouvelle génération V3 du véhicule, plus grande et plus puissante que les versions précédentes.
Vol 13 : un amerrissage qui change la donne

Légende : Le vaisseau Starship, intact après sa rentrée atmosphérique, flotte dans l'océan Indien à l'issue du vol 13. Crédit : SpaceX
Décollé le 24 juillet 2026 depuis Starbase, au Texas, après deux reports liés à un souci sur des moteurs Raptor puis à la météo, le vol 13 a validé une série d'objectifs techniques majeurs :
- Allumage des 33 moteurs du booster et record de pression dynamique au passage du point Max Q ;
- Déploiement réussi des vingt premiers satellites Starlink V3, une génération plus lourde et plus performante ;
- Rallumage d'un moteur Raptor dans l'espace, une manœuvre clé pour les futures phases de désorbitation ;
- Amerrissage en douceur du vaisseau dans l'océan Indien, où il a flotté intact pendant plusieurs jours en continuant de transmettre sa télémétrie.
Seule ombre au tableau : l'atterrissage du booster Super Heavy dans le golfe du Mexique a échoué, seuls cinq de ses treize moteurs prévus s'étant rallumés pour freiner la descente. Un point que SpaceX doit impérativement corriger avant d'envisager une récupération régulière de l'étage inférieur.
Ce succès partiel a toutefois eu un effet inattendu : l'atterrissage du vaisseau a été si précis qu'il aurait, selon Elon Musk, pu être intercepté par les bras mécaniques de la tour de lancement, surnommée Mechazilla. De quoi ouvrir la voie à une manœuvre encore jamais tentée.
Vol 14 : la tentative de capture du vaisseau

Légende : Les bras mécaniques "Mechazilla" de la tour de lancement, qui tenteront de capturer le vaisseau Starship lors du vol 14. Crédit : SpaceX
C'est désormais l'objectif affiché pour le quatorzième vol d'essai, attendu avant la fin du mois d'août 2026, sous réserve du feu vert de la FAA (l'autorité de l'aviation civile américaine). Deux défis attendent SpaceX :
- Placer pour la première fois des satellites Starlink V3 sur une orbite opérationnelle, et non plus seulement suborbitale comme lors des essais précédents ;
- Tenter de capturer le vaisseau avec les bras de la tour de lancement, une manœuvre bien plus délicate que la capture d'un booster : il s'agit ici d'intercepter un engin qui vient de traverser l'atmosphère à vitesse orbitale, bouclier thermique encore chaud, avec une marge d'erreur quasi nulle.
SpaceX a déjà réussi la capture de son booster Super Heavy à trois reprises, mais jamais celle de l'étage supérieur. Une réussite au vol 14 ferait mécaniquement de cette mission le premier vol pleinement orbital du programme Starship.
Objectif : un lancement par jour
Lors de la toute première présentation de résultats financiers de SpaceX en tant qu'entreprise cotée, début août 2026, Elon Musk a fixé un cap ambitieux : au moins un lancement quotidien de Starship à l'été 2027. Un rythme qui paraît aujourd'hui vertigineux, mais qui donne la mesure de ce que SpaceX attend de ce lanceur : remplacer à terme l'essentiel de sa flotte, y compris les Falcon 9 et Falcon Heavy, pour des missions Starlink comme pour des vols institutionnels.
Ces annonces s'accompagnent de chiffres qui témoignent du poids grandissant de l'entreprise dans le secteur spatial : 7,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires au deuxième trimestre 2026 (+92 % sur un an), 78 lancements réalisés au premier semestre et plus de 1 000 tonnes de charge utile placées en orbite. Starlink, avec 12 millions d'abonnés dans le monde, finance en grande partie le développement, toujours coûteux, de Starship.

Légende : La tour de lancement de Starbase, au Texas, base d'assemblage et de tir de la mégafusée Starship. Crédit : SpaceX
Pourquoi cela compte pour l'exploration spatiale
Au-delà de la prouesse technique, l'enjeu du Starship dépasse largement SpaceX. La NASA compte sur une version de ce vaisseau pour poser à nouveau des astronautes sur la Lune dans le cadre de la mission Artemis III, actuellement visée pour 2027. Sa capacité d'emport, potentiellement plus de 100 tonnes en orbite basse une fois pleinement opérationnel, pourrait aussi transformer l'accès à l'espace pour la recherche scientifique, l'astronomie ou, à plus long terme, l'exploration martienne.
C'est aussi tout l'intérêt de suivre ce programme de près : chaque vol, réussi ou non, fait progresser notre compréhension de ce que l'ingénierie humaine est capable d'accomplir hors de l'atmosphère terrestre. Une aventure qui rejoint directement l'esprit de curiosité et d'émerveillement que nous cherchons à transmettre chez Tout Savoir Sur l'Espace, à travers nos ateliers et notre collection Kepler consacrée aux grandes découvertes de l'astronomie.
En résumé
| Élément | État au 9 août 2026 |
|---|---|
| Nombre de vols d'essai | 13 |
| Dernier vol | Flight 13, 24 juillet 2026, amerrissage réussi |
| Prochain vol | Flight 14, avant fin août 2026 |
| Objectif du vol 14 | Orbite opérationnelle + capture du vaisseau par la tour |
| Objectif 2027 | Un lancement par jour |
| Mission institutionnelle clé | Artemis IV (NASA) |
Le Starship n'est pas encore utilisé pour des missions commerciales régulières : il reste, à ce jour, un véhicule en phase de développement et de vols d'essai. Mais avec un rythme de test qui s'accélère et des objectifs de plus en plus proches de l'orbite, 2026 pourrait bien rester dans les mémoires comme l'année charnière du programme.
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